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  Éternel  

         
         
Un éternel problème.
 

 Les gens légers, bornés, les esprits présomptueux et enthousiastes veulent en toute chose une conclusion ; ils cherchent le but de la vie et la dimension de l'infini. Ils prennent dans leur pauvre petite main une poignée de sable et ils disent à l'Océan : Je vais compter les grains de tes rivages. Mais comme les grains leur coulent entre les doigts, et que le calcul est long, ils trépignent et ils pleurent. Savez-vous ce qu'il faut faire sur la grève ? Il faut s'agenouiller ou se promener. Promenez-vous.
Aucun grand génie n'a conclu et aucun grand livre ne conclut, parce que l'humanité elle-même est toujours en marche et qu'elle ne conclut pas. Homère ne conclut pas, ni Shakespeare, ni Gœthe, ni la Bible elle-même. Aussi ce mot fort à la mode, le " Problème social ", me révolte profondément. Le jour où il sera trouvé, ce sera le dernier de la planète. La vie est un éternel problème, et l'histoire aussi, et tout. Il s'ajoute sans cesse des chiffres à l'addition. D'une roue qui tourne, comment pouvez-vous compter les rayons ? Le XIXe siècle, dans son orgueil d'affranchi, s'imagine avoir découvert le soleil. On dit par exemple que la Réforme a été la préparation de la Révolution française. Cela serait vrai si tout devait en rester là, mais cette Révolution est elle-même la préparation d'un autre état. Et ainsi de suite, ainsi de suite. Nos idées les plus avancées sembleront bien ridicules et bien arriérées quand on les regardera par-dessus l'épaule. Je parie que dans cinquante ans seulement, les mots : " Problème social ", " moralisation des masses ", " progrès et démocratie " seront passés à l'état de " rengaine " et apparaîtront aussi grotesques que ceux de : " Sensibilité ", " nature ", " préjugés " et " doux liens du cœur " si fort à la mode vers la fin du XVIIIe siècle. 

 
         
       
         
       
         
       
         
       
         
       
         
         
         
 
 
     
 
 
     
 
 
     
 
 
     
 
 
     
 
 
     

   
G. Flaubert (1821-1880), Lettre, à Melle Leroyer de Chantepie, Croisset, 18 mai 1857 ; Gallimard,  Pléiade  : Correspondance, t. II, 1980, p. 718.
   
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